19 novembre 2008
Vivre ailleurs...
"Je vis ailleurs, je vis au Havre"... C'est le slogan du spot de la nouvelle campagne sur la ville du Havre.
Et je confirme! C'est clair, je vis ailleurs!! Ma collègue d'anglais a été bousculé hier dans les couloirs par ses propres élèves. Moi-même je me suis faite traitée de "pute" il y a quelques semaines. Le dernier jeu en classe de physiques est le grand retour du lancer de chaises. J'entends continuellement chanter (hurler?) dans la classe d'à côté (et ce n'est pas un cours de musique). Mes classes sont pleines de Kevin, de Jessy et de Christopher qui ne savent pas construire une phrase sans y ajouter un "putain" ou un "j'm'en bas les c..." Ce matin, j'ai commencé mon cours à 35'... Oui, je vis ailleurs, je travaille dans la plus grande ZEP de France.
07 novembre 2008
Le low kick balayette rotatif de Rachida
De retour dans ma ZEP préférée après quelques années d'absence (pendant lesquelles on m'a envoyé aux quatre coins de la ville pour boucher les trous... Comme c'est beau d'être TZR!), je croyais bêtement pouvoir enfin poser mes valises et souffler un peu... En fait, j'm'en prends plein la gueule l'ambiance de travail au sein des classes n'est plus ce qu'elle était dans mes souvenirs brumeux et je me retrouve avec des classes d'élèves mutants : mi-singes, mi-fauves. Au bord du suicide légèrement désespérée par la situation, j'en ai donc fait part à ma hiérarchie qui m'a proposé l'aide de Rachida, la super-assistante-pédagogique-qu'elle-est-trop-bien-comment-qu'elle-assure en co-intervention.
Rachida (nom de scène que nous utiliserons ici pour elle) est une charmante dame d'une quarantaine d'années, professeur d'anglais dans son pays d'origine, l'Algérie. Installée dans le quartier depuis un moment, elle connaît les élèves, leur famille et elle sait comment leur parler... Elle a donc la sagesse de l'expérience, la douceur de la maternité, la tendresse d'une madeleine, le moelleux d'un camembert coulant, etc. Enfin, telles furent mes premières impressions.
Aujourd'hui, alors que j'improvisais un petit exercice de respiration sur l'estrade dans le but de garder mon calme et de ne pas sauter à la gorge d'un de mes chers élèves et de le pendre au téléviseur avec ses boyaux, j'entends R. (et oui! toujours!) que je rebaptiserais sur les bons conseils d'une amie Bleu-coton, qui hurle du fond de la classe : "AAAAAAAAAh!" puis qui interpelle un ami à elle : "AAAAAAAAAh!" et qui lui explique sa surprise et son indignation : "AAAAAAAAAh!" et qui termine sa phrase par ses mots : "Vazy! Rachida, elle t'a traité de gros c..."
Et là, je vois Rachida, le visage déformé par la colère, dont les mains tiennent fermement la chaise se trouvant devant elle, qui ne dit pas un mot, mais regarde fixement un élève... Toujours en train d'inspirer-expirer sur l'estrade, j'ai bien envie de lui conseiller mon nouveau livre de chevet : "je pète un cable mais je me soigne"... Rachida (la douceur du camembert, le moelleux de l'andouillette, je le rappelle) se jette alors sur un magnifique spécimen de gamin juste insupportable et lui met sa misère devant tout le monde... Une pluie de gros mots. Un chapelet d'insultes. Un truc de gue-din j'te dit!
Mais c'est pas vrai!!! Mais c'est pas vrai!!! Ils m'ont cassé mon assistante pédagogiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiique!!!
PS : A la fin du cours, j'ai tenté un timide : "Yes, we can!"...
04 novembre 2008
Bientôt la rentrée!
Eh oui, la rentrée arrive à grands pas! Les vacances m'ont permis de me reposer et surtout de me vider l'esprit : quand j'ai les mains dans la terre, je me pose des tas de questions métaphysiques sur la vie des larves de papillon ou sur les verres de terre (du genre : comment font-t-ils pour creuser un trou dans la terre alors que leur tête est toute molle?) et j'oublie enfin les tracas du boulot...
De plus, j'ai pris une décision! J'arrête de me "prendre systématiquement la tête" sur ma pédagogie : J'aurais plutôt dû faire comme ceci. Pourquoi ai-je réagi comme cela? Ai-je bien respecté les nouvelles consignes du putain de CECRL (cadre européen des langues)? Etc, etc. Car se remettre en questions de temps en temps, OK, mais se torturer l'esprit 24/24, ça ne sert à rien et ça me rend vraiment la vie impossible.
Alors voilà, je suis sérieuse-rigoureuse-consciencieuse-exigeante dans mon travail et j'en demande peut-être trop à mes élèves, mais je préfère les tirer vers le haut car ces gamins ont tout à fait les capacités de réussir et de s'en sortir. N'en déplaise à certains! Je fais ce que je peux et du mieux que je le peux. Et si je m'y prends comme un manche, je le saurai bien assez tôt... de la bouche de mon inspecteur! Mais pour l'instant, je vais considérer que je fais bien les choses et ça, ça sera un véritable changement dans ma vie professionnelle : je vais enfin être contente de moi.
